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LA LIQUIDATION DE LA RÉVOLUTION

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Implacable et interminable, la guerre se poursuit et s’inten­sifie, à l’initiative des Français cette fois. Vers le milieu de 1796, ceux-ci lancent une offensive généralisée contre les Autrichiens et leur alliés. Tandis que le général Bonaparte attaque sur le flanc italien (entamant ainsi une campagne qui va le couvrir de gloire) et que l’armée de Sambre-et-Meuse, dirigée par Jourdan est cantonnée dans le Palatinat, le général Moreau dispose du commandement de l’armée du Rhin-et-Moselle, stationnée en Al­sace. Dans cette entreprise de grande envergure, les popula­tions locales ont souvent un rôle déterminant.

A Strasbourg, au cours du mois de juin, les 70 000 hommes composant l’armée de Moreau sont transportés sur l’autre rive du Rhin à Kehl, grâce aux bateliers de la ville. Par la suite, 600 Strasbourgeois seront quotidiennement requis pour consolider la défense de la place. Précaution nécessaire car, deux mois plus tard, les Autrichiens contre-attaquent et ne sont repoussés que par la Garde Nationale de Strasbourg. Du reste, l’armée française remporte des succès beaucoup moins probants dans le Wurtemberg qu’en Rhénanie, en Suisse ou en Italie. Bientôt Moreau se replie en toute hâte sur l’Alsace. A l’aube de 1797, l’Alsace paraît à la veille d’une nouvelle invasion. Les Autrichiens assiègent Kehl et Huningue et s’en emparent. Déjà les Alsaciens se préparent à de nouveaux et lourds sacrifices. Par bonheur, Bonaparte le Victorieux impose à l’Autriche l’armistice de Leoben (printemps 1797).

Plus le temps passe et plus l’esprit de la Révolution s’étiole. En Alsace comme ailleurs, les événements ont profité à toute une classe de nouveaux riches, dont la fortune s’est fondée sur la spéculation, la contrebande ou le trafic des biens nationaux. L’inflation, qui sévit à l’état endémique, accélère le processus et accroît le fossé social au détriment des plus pauvres, victimes des décrets financiers adoptés sous le Directoire.

Certes,  durant la première décennie de la Révolution, Alsace achève d’élaborer sa cohérence administrative et politique. La région modifie même sa physionomie avec les adjonc­tions de Montbéliard et Mulhouse, et avec les extensions successives en direction de Bergzabern (au cœur du Palatinat) en 1793 et du Mont-Terrible au Sud (1800). Fait historique décisif, l’Alsace commence à abandonner les traits les plus caractéristiques de son particularisme séculaire et à s’intégrer pleinement dans la République française.

Pourtant (et les divers scrutins électoraux le prouvent suffisance) après l’euphorie révolutionnaire, les Alsaciens as­pirent à présent à l’ordre et à la stabilité. Dans leur grande majorité ils en ont assez du jacobinisme et du rationalisme générateurs des pires excès. Si, en quelques endroits, on se : entente de destituer les administrateurs républicains, en d’autres à saverne par exemple) on mène une véritable réaction politique.

En 1795 le référendum sur la Constitution de l’An III révèle que la modération l’emporte désormais dans la majorité ces cantons alsaciens, certains d’entre eux (celui d’Altkirch par exemple) paraissant résolument réactionnaires. De même les élections au Conseil du Directoire (automne 1797) se soldent par l’avènement sur la scène politique d’un grand nombre de conservateurs voire de « monarchistes » comme Lanjuinais ou comme le Strasbourgeois Hermann.

Durant cette période se développe une série de conspirations et d’intrigues (baptisées  » royalisme de grand chemin  » par Marcel Marion) qui témoignent également du reflux révolutionnaire. Les évêques constitutionnels Brendel et Berdolet se retirent et on leur substitue des ultramontains acharnés ondes que le Cardinal de Rohan annonce sa rentrée prochaine. Selon un rapport adressé à Paris, ‘ ‘ partout les prêtres fanatisent le peuple . prêchent le royalisme et l’infraction des lois « . dans un tel contexte, le coup d’État de Fructidor (4 septembre qui ramène les Jacobins au pouvoir, fait figure d’accident sans lendemain.

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